Finalement 2006 aura été l’année d’une grande révélation : il y a des gens pauvres qui vivent dans la rue ! Cette révélation nous est arrivée grâce à la mobilisation de SDF et de leurs soutiens qui, depuis un mois, campent sur les quais du canal Saint-Martin à Paris, mais aussi en province, à Toulouse, à Lyon, et à Nice.
On croyait que le problème numéro un en France était la sécurité. Or, surprise, juste après l’emploi, c’est le logement qui inquiète vraiment. Alors la classe politique s’émeut : Nicolas Sarkozy se pose en David Copperfield du logement et promet la fin des SDF, voilà c’est dit et puis c’est tout, car Sarko, c’est l’art de dire sans rien faire ou, comme à Sangatte, l’art de faire mal. Ségolène Royal nous l’a fait version « la discrète » : un soir, elle est passée voir les campeurs. Mais pas de soucis : dans son programme, tout est prévu, avec l’accès à la propriété... Chirac, lui, a redécouvert le droit au logement opposable, que réclament depuis des dizaines d’années les associations de lutte. Tous s’empressent - la plupart hypocritement - de signer la charte des Enfants de Don Quichotte sur le logement.
Spectacle bien pitoyable, au regard de la gravité de la situation du mal-logement. On promet et l’on met en place des mesures d’urgence, du provisoire. Or le « provisoire » qui dure, les mal-logés connaissent. Combien de demandeurs de logements vivent depuis des années dans des chambres d’hôtel, hébergés dans des logements minuscules, insalubres, ou dans la rue, attendant une proposition de logement HLM ? Plus de trois millions !
Le nombre des demandeurs de logement HLM, 1 300 000, continue d’augmenter. Le nombre de logements manquants est estimé à 900 000. Quant à la part du budget des ménages consacré au loyer, elle devient de plus en plus lourde. Les principales causes de cette situation se retrouvent partout en Europe : explosion de la pauvreté, du chômage et du travail précaire ; désengagement des États, depuis les années 1970, dans la construction de logements ; abandon des « aides à la pierre » pour réduire les dépenses publiques et ne pas interférer dans le marché de la construction de l’habitat individuel ; liberté des prix et spéculation immobilière.
Le gouvernement actuel, face à l’ampleur du problème, répond par un maximum de gesticulations et d’effets d’annonce, déclarant le logement « grande cause nationale ». Alors que, concrètement, le budget 2007 sera en recul de 2,6 % par rapport à celui de 2006, qu’en 2005 seuls 70 000 logements sociaux ont été construits, que les expulsions locatives augmentent sans cesse, que les cadeaux aux propriétaires futurs ou actuels se muliplient, quelques miettes étant distribuées aux plus démunis par la revalorisation de 1,8 % des APL en janvier 2007 - ce qui n’avait pas été fait depuis 2001.
Mais, depuis quelques jours, le gouvernement souhaite mettre en place le droit au logement opposable. Ce droit, s’il est réellement inscrit, ouvre la possibilité d’un recours devant une juridiction, faisant en sorte qu’au droit du citoyen corresponde une obligation réelle de relogement. Le principe serait le même que pour le droit à l’éducation. Ce droit s’applique déjà en Écosse. Mais, pour que ce droit ne soit pas qu’un vœu pieux, il faut se donner les moyens d’assurer son application.
Or, pour l’instant, c’est flou et on a de quoi être dubitatif lorsqu’on voit comment est utilisé, par exemple, le concept de mixité sociale. Présentée comme réponse aux soucis d’égalité, la mixité s’est révélée être un moyen de filtrer les attributions de logement, de restructurer les quartiers à forte concentration de logements sociaux et à inciter l’installation de classes moyennes dans ces mêmes quartiers pour assurer un bon « équilibre social ». On ne cherche plus à lutter contre la pauvreté. On suppose que le fait de saupoudrer quelques ménages « de classe moyenne » dans des quartiers populaires ou de mettre quelques pauvres au milieu de riches est bénéfique aux pauvres, que cela va les « civiliser ».
Pourtant, des solutions existent. Elles nécessitent une réelle volonté politique et l’application des textes déjà existants. À court et moyen terme, il convient d’appliquer l’ordonnance de 1945 sur la réquisition de tous les logements vides. Il faut réhabiliter les immeubles insalubres, arrêter les expulsions locatives et bloquer les loyers. Il faut abandonner les politiques de démolition et de vente des HLM, inscrire le droit au logement comme droit fondamental et opposable. À long terme, il faut lancer un programme massif de construction de logements sociaux, financé par les pouvoirs publics. Il faut encadrer les loyers qui ne doivent pas représenter plus de 20 % des dépenses du budget des ménages, utiliser réellement le 1 % patronal au financement du logement social public, obliger le conventionnement et la location de tout logement vacant ou inoccupé et, enfin, conventionner tout logement bénéficiant, pour sa construction ou réhabilitation, de financement public.
Guy Montag