Alain Marsaud n’arrive toujours pas à implanter l’UMP en Haute-Vienne (ce dont on ne peut que se féliciter) ; lui seul a réussi à se faire élire dans une circonscription électorale taillée sur mesure pour la droite par Pasqua en 1986. Il cherche donc, par tous les moyens, à faire parler de lui... Quelques mois avant les élections législatives, c’est sans doute indispensable... Quoiqu’il en soit, son appel public, confirmé sur France 3 Limousin, aux militants de l’UMP à manifester sous les fenêtres d’un jeune mineur en donnant son adresse et son téléphone (voir brève précédente) n’en est pas resté là. Outre la réaction de la LCR, les différents médias locaux (Echo du Centre, Populaire, Radio-France) ont relayé l’épisode, tout comme l’AFP (2 brèves sur le sujet), le Monde (voir infos ci-dessous) et France Inter. Dans le même temps, la famille du jeune militant interpellé la semaine dernière a porté plainte pour menaces, par l’intermédiaire de son avocate.
LIMOGES, 24 oct 2006 (AFP) - 22h38 : “Alain Marsaud appelle à manifester contre un mineur soupçonné d'avoir dégradé sa permanence”
Alain Marsaud, député UMP de la Haute-Vienne, a appelé dimanche ses sympathisants réunis à la fête départementale de ce parti à manifester devant le domicile d'un mineur soupçonné d'avoir endommagé sa permanence parlementaire, à Limoges, a-t-on appris mardi auprès d'un adhérent de l'UMP et de témoins. La fête annuelle de l'UMP a réuni 250 militants de l'UMP, dimanche, à Couzeix, dans la banlieue de Limoges, sur le thème des prochaines échéances électorales. Le débat a notamment porté sur le thème de la sécurité. Proche de Nicolas Sarkozy et secrétaire de la Commission des lois à l'assemblée nationale, M. Marsaud s'est notamment élevé contre la quatrième dégradation, la semaine dernière, en six mois de sa permanence, par des manifestants hostiles à la venue à Limoges du ministre de l'Intérieur. Un lycéen de 17 ans a été interpellé, mis en examen et placé sous contrôle judiciaire dans l'affaire. Dimanche, selon ces sources, l'ancien responsable du Service central de lutte antiterroriste au Parquet de Paris (1986-1989) a appelé ses sympathisants à défiler devant le domicile des parents du mineur, donnant leur adresse et leur numéro de téléphone. "M. Marsaud estime sans doute que la loi du talion doit prévaloir selon un principe digne des barbaries anciennes", ont indiqué dans un communiqué les responsables locaux de la LCR. Membre de la Commission nationale de déontologie de la sécurité, M. Marsaud est juge titulaire de la Cour de justice de la République. Il avait démissionné du Service central de lutte antiterroriste pour protester contre l'amnistie accordée en 1989 à des militants du Front national de libération de la Corse (FLNC).
LIMOGES, 25 oct 2006 (AFP) - 21h03 : “Plainte d'une famille dont le fils a été dénoncé par le député Marsaud”
La famille d'un mineur dénoncé publiquement par le député UMP de la Haute-Vienne Alain Marsaud comme auteur présumé de la dégradation de la devanture de sa permanence parlementaire, à Limoges, a déposé plainte contre X pour menaces, a indiqué la mère du jeune homme. Proche de Nicolas Sarkozy et secrétaire de la Commission des lois à l'Assemblée nationale, M. Marsaud s'est notamment élevé contre la dégradation la semaine dernière de sa permanence, pour la quatrième fois en six mois, par des manifestants hostiles à la venue à Limoges du ministre de l'Intérieur. Un lycéen de 17 ans a été interpellé, mis en examen et placé sous contrôle judiciaire dans l'affaire. Dimanche, l'ancien responsable du Service central de lutte antiterroriste au Parquet de Paris (1986-1989) a appelé les sympathisants UMP réunis à la fête départementale du parti de Nicolas Sarkozy à défiler devant le domicile des parents du mineur, donnant leur adresse et leur numéro de téléphone. Depuis, a témoigné la mère du lycéen, "des anonymes nous harcèlent au téléphone de menaces de dégradations, passent devant la maison en faisant hurler leur avertisseur sonore". "Pendant quelques jours, nous avons été obligés de quitter notre domicile. C'était insupportable. Nous sommes aujourd'hui rentrés", a précisé la mère. Me Michèle Gay-Vigier (Limoges), avocate de la famille, a porté plainte pour les menaces, "et toute autre qualification que voudra retenir le procureur". "C'est le crime ou le délit qui poursuit la victime!", a réagi Alain Marsaud. Convaincu que le lycéen est bien l'auteur des faits qui lui sont reprochés, le magistrat attend que le juge des enfants "mène à bien sa procédure, et que ce voyou soit condamné".
La justice particulière du député UMP Alain Marsaud LE MONDE | 26.10.06 | 15h23 • Mis à jour le 26.10.06 | 15h23
Dimanche 22 octobre, à l'occasion de la fête départementale de son parti, il a appelé les quelque 200 à 300 militants et sympathisants présents à manifester devant le domicile d'un mineur de 17 ans soupçonné d'avoir dégradé sa permanence à Limoges. "Il habite là, je vous donne son numéro de téléphone, a lancé l'ancien magistrat à son public, en communiquant les coordonnées du jeune. Je vous propose d'aller lui réclamer de rembourser." De qui tenait-il ces renseignements personnels ? A quel titre en a-t-il fait état publiquement ?
"C'ÉTAIT INSUPPORTABLE"
Toujours est-il que la famille du jeune concerné a déposé une plainte contre X... à la suite des menaces dont elle a fait l'objet. "Pendant quelques jours, nous avons dû quitter notre domicile. C'était insupportable", explique la mère, rapportant le "harcèlement téléphonique", les "menaces de dégradation" et les "rondes de véhicules" devant son domicile, "en faisant hurler les avertisseurs sonores".
Pour M. Marsaud, "c'est un voyou, ses parents feraient mieux de s'en occuper". Le député, qui s'est porté partie civile après que la vitrine de sa permanence a été défoncée, estime "normale" la réaction de ses sympathisants : "En attendant réparation, ils en sont de leur poche." Il met en cause les "nervis de la LCR", qu'il accuse d'être à l'origine des "attentats" contre ses locaux. Ceux-ci avaient été une première fois endommagés le 4 juillet, lors d'une précédente manifestation. Lundi 16 octobre, c'est à l'occasion de la venue du ministre de l'intérieur, M. Sarkozy, que de nouveaux incidents se sont produits lors d'une manifestation de plusieurs centaines de jeunes au cours de laquelle un policier avait été blessé devant la permanence de l'UMP. Deux personnes, dont le mineur, ont été arrêtées pour leur participation aux faits. Aucune des deux n'a de lien avec la LCR. Celle-ci, toutefois, dénonce la "loi du talion" appliquée par M. Marsaud.
Patrick Roger
Article paru dans l'édition du Monde du 27.10.06