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Suite à l’annonce du retrait (au moins provisoire), de José Bové dans une lettre où il mettait en cause la LCR (un peu) et le PCF (beaucoup) dans la difficulté à réussir une candidature unitaire, la  direction nationale de la LCR lui a adressé une réponse. Dans la foulée, des militants des collectifs ont également appelé la LCR à rejoindre la dynamique unitaire et demandé au PCF de ne pas présenter Marie-George Buffet.
Les différents documents figurent ci-dessous.
Petit rappel : réunion jeudi 30 à 20 heures à Limoges, salle du Temps Libre, sur ce sujet.
 
 
Courrier de José Bové
 
Montredon, le 23 novembre 2006
 
Chers ami(e)s, cher(e)s camarades,
 
 
Il y a six mois, j’ai fait savoir que j’étais disponible pour incarner, sur le bulletin de vote de l’élection présidentielle, notre rassemblement unitaire de la gauche anti-libérale.
 
J’ai immédiatement précisé que, pour créer les conditions d’une dynamique populaire et électorale autour d’une stratégie et d’un programme communs, il convenait de mener une campagne collective rassemblant, sur une même tribune, toutes les forces qui avaient contribué au succès du « non de gauche », le 29 mai 2005, de la Lcr aux socialistes anti-libéraux.. Et j’ai ajouté aussitôt que ma démarche n’était pas personnelle mais que, pour garantir l’unité la plus large possible, il ne pouvait être question de se ranger derrière le porte-parole de telle ou telle composante de notre rassemblement. Comme d’autres, en tant que syndicaliste et acteur du mouvement social anti-libéral, je pense pouvoir servir d’accélérateur à une dynamique de rassemblement qui a un objectif plus ambitieux que de faire un simple score de témoignage.
 
Six mois plus tard, force est de constater que les forces de la division l’ont provisoirement emporté sur les forces de l’unité.
 
Le Parti communiste veut imposer Marie-George Buffet comme candidate et ne lésine pas sur les moyens pour parvenir à ses fins. Il a multiplié la création de collectifs qui ne représentent, localement, que la sensibilité communiste. Il mène campagne de manière autonome, en parallèle de quelques grands meetings unitaires. Il se livre à des pratiques d’un autre âge en refusant, par exemple, de valider le procès-verbal d’une réunion de notre collectif national au cours de laquelle l’écrasante majorité des participants a fait savoir que Marie-George Buffet ne pouvait pas incarner,  sur le bulletin de vote, la richesse de notre rassemblement.
 
La Lcr, de son côté, vient de confirmer son engagement dans une campagne autonome avec Olivier Besancenot comme candidat. Elle multiplie les arguments pour justifier un prétendu désaccord de fond sur notre orientation commune. Elle pratique l’unité à la carte, un pied dedans, un pied dehors, sans rechercher les voies et les moyens d’une campagne réellement unitaire.
Elle préfère se mesurer électoralement au Parti communiste plutôt que de répondre, de manière collective, à l’espérance née de notre succès commun victorieux dans le combat contre le projet libéral de Constitution européenne.
 
Le Parti communiste et la Lcr ont pris la responsabilité de casser la dynamique unitaire et, par voie de conséquence, de renoncer à répondre aux attentes des couches populaires les plus frappées par les dégâts de la mondialisation libérale.
 
Je le regrette profondément. Acteur du mouvement social et du combat altermondialiste depuis de longues années, je considère qu’il est temps de traduire nos mobilisations dans l’espace politique et électoral. Notre responsabilité fondamentale reste en effet de ramener dans la camp de la gauche les millions d’électeurs et d’électrices qui, déboussolés par vingt-cinq ans d’alternance sans changement fondamental de leurs conditions d’existence, ont progressivement choisi de déserté les urnes ou de disperser leurs voix jusqu’à l’extrême droite. Le 21 avril 2002, la gauche a perdu parce qu’elle n’avait pas su répondre aux attentes des citoyens et citoyennes les plus touchés par la précarisation sociale généralisée.
 
Toutes celles et ceux qui souffrent socialement n’attendent pourtant qu’une seule chose : une perspective crédible de changement qui ne se résume pas à quelques aménagements du système économique. Sans remise en cause radicale des logiques économiques libérales qui, des décisions de l’Omc jusque dans la vie quotidienne, conduisent à la marchandisation des services publics, au dumping social, à la croissance vertigineuse des inégalités, il n’y a d’autre issue que le renoncement à changer vraiment la vie. Entre la simple alternance et la véritable alternative anti-libérale, il existe un fossé qui nous sépare d’une gauche plus encline à gérer le pouvoir qu’à engager la transformation sociale.
 
Pour donner sens à ce combat pour une alternative anti-libérale, il nous faut impérativement créer les conditions d’une dynamique populaire et électorale. C’est mal parti.
 
Les difficultés pour rassembler des courants, des sensibilités, des personnalités engagés dans notre combat commun sont compréhensibles. L’unité est un combat. Mais force est de constater que le processus engagé débouche aujourd’hui sur une impasse. La multiplication des candidatures aboutit à brouiller plutôt qu’à clarifier notre perspective, prêtant le flanc à des critiques ironiques de la part de celles et de ceux qui ont parié depuis longtemps sur notre échec. En s’enfermant dans la méthode dite du « double consensus », le collectif national a pris le risque de donner une image plus groupusculaire que populaire de notre rassemblement. Il a beaucoup trop tardé à dire ouvertement que la candidature de Marie-George Buffet était incompatible avec une logique unitaire.
 
J’ai proposé, sans succès, que nous mobilisions toutes celles et tous ceux qui se reconnaissent dans notre démarche pour choisir le candidat ou la candidate la mieux à même de porter notre message dans le cadre d’une campagne collective. Il ne s’agissait nullement de désigner des vainqueurs ou des vaincus mais de faire participer activement les citoyens et les citoyennes à la dynamique unitaire. C’était, aussi, une manière de construire un rapport de forces populaire. La résistance à cette proposition – qui prend pourtant d’autant plus de sens après que le Parti socialiste a su désigner, à sa manière, sa propre candidate – témoigne dune incompréhension des attentes citoyennes en matière de participation active aux choix politiques.
 
 
Cher(e)s ami(e)s, cher(e)s camarades,
 
Pour l’heure, et sous réserve dévénements qui changeraient profondément la situation actuelle, j’ai donc décidé de retirer ma proposition d’incarner notre rassemblement sur le bulletin de vote de l’élection présidentielle.
 
Je n’entends pas, en effet, continuer de servir d’alibi unitaire à d’autres desseins, partidaires ou personnels. Je n’entends pas non plus semer des illusions auprès des amis et des camarades qui viennent, toujours très nombreux, soutenir la démarche de rassemblement dans les meetings. Je n’entends pas m’engager pour autre chose qu’une démarche unitaire et populaire visant à modifier durablement, à l’occasion de l’élection présidentielle, la donne électorale à gauche.
 
Je poursuivrai naturellement le combat avec vous toutes et tous, sur les bases stratégiques et programmatiques qui sont les nôtres. La création des collectifs unitaires est le signe d’une volonté de construire une espace politique nouveau, après la victoire des collectifs du « non », il y a dix-huit mois. Nous trouverons ensemble, j’en suis sûr, les voies les plus adéquates pour participer activement aux prochaines échéances électorales législatives, municipales et cantonales, à l’occasion desquelles nous espérons bien porter haut et fort le message de la gauche anti-libérale.
 
Fraternellement,
 
José
 
 
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Réponse de la LCR :
 
A José Bové
 
Cher camarade,
 
Comme toutes les autres composantes, nous avons bien reçu ta lettre annonçant le retrait provisoire de ta candidature au rassemblement des antilibéraux.
 
Si nous comprenons bien un certain nombre de tes arguments concernant les méthodes du PCF pour imposer sa candidate, en revanche, nous tenons évidemment à répondre précisément aux critiques que tu exprimes à notre égard.
 
Nous n’avons pas « multiplié les arguments pour justifier un prétendu désaccord ». Nous avons, dès le mois de mai 2006, précisé qu’une candidature unitaire, donc commune avec le PCF, supposait de clarifier les rapports vis-à-vis du PS et de s’engager clairement à ne pas participer à un gouvernement ou à une majorité parlementaire avec le PS. Le 10 septembre, la réunion nationale des collectifs n’a pas voulu introduire cette clarification dans le texte « ambition et stratégie ». Nous avons décidé de ne pas le ratifier. Ce texte laisse ouvert la possibilité pour le PCF, principal partenaire organisé au sein des collectifs, de s’intégrer dans une majorité parlementaire dominée par le PS. Nous n’avons pas changé d’avis. Bien au contraire, la désignation de Ségolène Royal, souligne à quel point il ne saurait être question de collaboration gouvernementale et parlementaire avec le PS. Aucune des ruptures avec le libéralisme qui sont nécessaires pour répondre aux attentes populaires ne pourront se faire dans un tel cadre d’alliance. Et c’est logique d’ailleurs, sinon comment expliquer que les dirigeants socialistes aient appelé à voter « oui » au référendum du 29 mai pendant que nous menions ensemble une bataille exemplaire et victorieuse pour le « non. Les déclarations de Marie George Buffet en faveur du rassemblement de toute la gauche sur une orientation antilibérale se multiplient. La direction du PCF a fort logiquement expliqué à plusieurs reprises qu’il y avait une divergence stratégique majeure avec la direction de la LCR. Il n’y a donc pas de «prétendu » désaccord avec la direction du PCF mais un désaccord, hélas, nié ou minimisé par la plupart des membres du collectif national.
Le problème pour nous n’est donc pas de « nous mesurer électoralement avec le PCF », compétition bien dérisoire au regard des enjeux. Il est bien d’œuvrer au rassemblement. Mais au rassemblement dans la clarté. Tout le monde sait que nous avons indiqué depuis le début que nous étions prêts à retirer la candidature d’Olivier Besancenot si un accord était trouvé. Contrairement au PCF, nous n’avons pas proposé une seule fois que notre porte parole soit le candidat qui permette le rassemblement de toutes et de tous et comme toi, nous n’aimons pas beaucoup les méthodes de passages en force que tu reproches à la direction du PCF de pratiquer. Est-il besoin de rappeler que pour nous la question n’est pas une question de casting. Nous ne sommes pas d’accord avec l’orientation stratégique que défend Marie George Buffet et nous regrettons que tu n’en dises rien dans ta lettre. Dans tes déclarations, notamment au meeting du Mans, tu avais pourtant, concernant le PS, utilisé des formulations plus proches de notre position que de celle du PCF. , ce que notre dernière Direction Nationale n’avait pas manqué de noter.
 
Ce que nous regrettons, c’est que nous ayons été bien isolés pour mener cette discussion de fond avec le PCF, le 10 septembre et après. Car c’est bien cette discussion sur le fond qui aurait permis de rendre lisible les débats sur le nom du candidat. Sinon on donne à une échelle de masse à voir un spectacle peu réjouissant : celui des querelles de personnes.
 
Nous sommes disponibles pour poursuivre la discussion. Avant, comme pendant et après les présidentielles, parce que nous voulons que se rassemblent les forces anticapitalistes qui, côte à côte, organisent au quotidien la résistance aux politiques libérales et veulent changer la société. Le rassemblement des forces anticapitalistes, féministes, écologistes, internationalistes est bel et bien une nécessité. Mais pour qu’il soit effectif et durable, il se doit d’être clair, radical et sourd aux sirènes de l’enlisement institutionnel, d’un soit disant réalisme qui prépare toujours les plus cruelles désillusions.
 
Fraternellement,
 
La direction de la LCR.
 
Paris, le 24 novembre 2006
 
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Texte d’appel de militants des collectifs :
 
 
La gauche antilibérale doit se ressaisir !
 
 
Depuis six mois, un processus de rassemblement de la gauche antilibérale s’est engagé. Des collectifs unitaires se développent. Des meetings chaque fois plus nombreux se tiennent. Des militants de toutes sensibilités se rejoignent et apprennent à travailler ensemble. Une dynamique unitaire, puissante et inédite, s’affirme de jour en jour. Tout indique que, comme aux Pays-Pas, la gauche antilibérale peut faire une percée électorale et changer profondément la donne politique dans notre pays.
 
Mais, malgré ses avancées, cette dynamique unitaire est aujourd’hui menacée : démission de Raoul Marc Jennar du collectif national, retrait de la candidature de José Bové, engagement par la LCR de la candidature d’Olivier Besancenot, forcing du PCF pour imposer la candidature de Marie-George Buffet… L’aventure unitaire antilibérale risque de s’achever dans la division, la confusion et la démoralisation. Au moment où le ségolénisme triomphe dans le PS et où Le Pen parvient à des niveaux jamais atteints dans les sondages.
 
Il est plus que temps de nous ressaisir !
 
Nous appelons la LCR à rejoindre le processus unitaire et à retirer la candidature d’Olivier Besancenot. C’est d’autant plus nécessaire que la désignation de Ségolène Royal par le Parti Socialiste, qui confirme clairement les choix socio-libéraux de ce parti, rend aujourd’hui possible un dépassement des divergences qui ont opposé la LCR et le collectif national sur les relations avec le parti socialiste.
 
Nous appelons le PCF à prendre conscience que Marie-George Buffet n’est pas en mesure de représenter la diversité de notre rassemblement et à renoncer à cette candidature.
 
Nous appelons Raoul Marc Jennar et José Bové à reprendre leur place dans ce rassemblement.
 
Nous appelons à un sursaut et à une entente pour que les 9 et 10 décembre soit désigné(e) un(e) candidat(e) autour de qui toute la gauche antilibérale pourra se rassembler.
 
Ne bradons pas l’espoir du 29 mai !
 
Rémy Jean
Françoise Laroche
Jacques Lerichomme
Slimane Toudert
(militants des collectifs des Bouches du Rhône)
 
 
Nous appelons les militants de la gauche antilibérale à signer massivement cet appel.
Signatures à envoyer à :
 
 
 
 
mercredi 29 novembre 2006
Candidatures unitaires : lettre de J. Bové, réponse de la LCR et pétition en cours...