De toute évidence, la rencontre nationale des collectifs antilibéraux des 9 et 10 décembre n’a pas permis d’aboutir (voir le compte rendu fait par Libération du 11 décembre, qui figure en fin de brève).
Dans la démarche de désignation d’un(e) candidat(e) de la gauche antilibérale à l’élection présidentielle, avait été actée la nécessité d’un double consensus : celui des collectifs de proximité et celui des organisations et sensibilités représentées nationalement. Dans les collectifs locaux, malgré certaines irrégularités (soulignées par exemple par José Bové dans sa lettre aux collectifs). Un peu plus de la moitié des collectifs ont porté un vote indicatif plutôt favorable à la candidature de Marie-George Buffet, devant Clémentine Autain et Yves Salesse (mais ce n’est pas un décompte en voix, et certains collectifs ne comptent que 4 ou 5 membres quand d’autres en rassemblent 200...). Cependant, au plan national, la candidature de Marie-George Buffet ne faisait pas consensus - les membres du collectif national l’avaient déjà indiqué dans un compte rendu de réunion dont le PCF avait bloqué la diffusion.
Que compte faire le PCF ? S’imposer par tous les moyens ? C’est ce que laisse penser son communiqué national du PCF qui affirme la légitimité des collectifs locaux face au collectif national, rendant responsables les différentes composantes nationales de l’échec (et négligeant son propre rôle) ! (voir la phrase “ Nous venons de vivre pendant deux jours un blocage de la part des organisations représentées dans le collectif national qui n’ont pas voulu construire un consensus à partir des collectifs locaux”).
On peut espérer que le PC en revienne à de meilleurs sentiments unitaires, ce qui nécessite aussi declarifier les liens avec le PS (et éviter les formulations qui créent l’ambiguïté), afin de construire une vraie gauche, alternative bien évidemment au libéralisme de Chirac et Sarkozy mais aussi en rupture avec le social-libéralisme de Ségolène Royal !
Communiqué du PCF du 10 décembre 2006 :
Nous voulons vraiment construire ce rassemblement antilibéral, faire en sorte qu’une nouvelle majorité à gauche émerge, que nous battions la droite et l’extrême droite, que la gauche réussisse.
Nous venons de vivre pendant deux jours un blocage de la part des organisations représentées dans le collectif national qui n’ont pas voulu construire un consensus à partir des collectifs locaux. La parole doit donc revenir aux militantes et militants de ces collectifs qui depuis des mois et des mois se réunissent, prennent des initiatives. Ils se sont mis d’accord sur une orientation, sur un programme. Ils viennent d’exprimer très majoritairement leur choix en faveur de la candidature de Marie-George Buffet. Il faut qu’ils réaffirment qu’ils ont envie d’être entendus, que c’est leur choix qui doit être pris en compte.
En 2004, en 2005, en 2006 les communistes ont placé leur intelligence au service du rassemblement et tous leurs actes ont témoigné qu’ils ne voulaient pas posséder ou mettre la main sur quoi que ce soit, que ce qu’ils voulaient c’est qu’une voie nouvelle s’ouvre à gauche avec une majorité porteuse d’un programme qui soit apte à changer la vie. C’est le sens de leur bataille.
Nous avons fait de propositions pour que la candidature de Marie-George Buffet soit collective, avec des porte parole regroupant tous ceux et toutes celles qui ont été un moment candidats, avec les différentes sensibilités, avec un conseil de campagne, un directeur de campagne.
Ce n’est pas autour du PCF que les débats doivent tourner mais autour du choix des collectifs et ce choix des collectifs est clair autant que celui des communistes. La question n’est pas que le parti communiste fasse une autre proposition de candidature par dessus les collectifs, mais que la décision des collectifs soit entendue.
Les autres candidats sont en campagne et deux d’entre eux, au moins, sont portés par les médias. Nous allons avoir besoin de multiplier les contacts auprès des salariés, de l’ensemble du monde du travail et de la création, nous devrons organiser des réunions dans les entreprises, dans les quartiers, les appartements, nous devrons aller de village en village présenter le programme antilibéral, rassembler. On ne peut pas se permettre de reporter la décision au mois de janvier. Les collectifs vont se réunir cette semaine. Et après tous ensemble, on est en campagne.
Article du journal Libération (11 décembre 2006) :
Candidature unique : la gauche de la gauche pas très adroite
Par Matthieu ECOIFFIER, Pascal VIROT
QUOTIDIEN : lundi 11 décembre 2006
La gauche de la gauche est-elle en train de rater un rendez-vous historique ? Alors que la gauche réformiste et de gouvernement se trouve maintenant en état de marche avec Ségolène Royal à sa tête, la gauche radicale, elle, est restée en rade ce week-end. Certes, l'explosion du rassemblement antilibéral ne s'est pas produite, mais son lent délitement se profile.
Les quelque 1 500 délégués des 500 collectifs locaux réunis à l'Ile-Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, n'ont pas réussi à choisir leur candidat(e) à la présidentielle. «Dans nos meetings, c'est le délire, on est d'accord sur nos 125 propositions, il faudrait être cinglés pour caner sur le nom à mettre sur le bulletin. Soit on gagne tous, soit on perd tous», avait prévenu d'emblée Clémentine Autain, adjointe (apparentée PCF) à la mairie de Paris et candidate à la candidature. Résultat : après deux jours et une nuit de débats houleux, «la gauche de transformation sociale» a seulement gagné une chose: écarter Marie-George Buffet. Pour l'instant.
Apparatchiks. Face à l'hostilité de la salle, la direction du PCF a certes renoncé à commettre un «hold-up» qui aurait sonné le glas du rassemblement en proclamant, dès ce week-end, sa secrétaire nationale «candidate des collectifs antilibéraux». Mais elle n'y a pas renoncé. Pour contourner le veto posé sur sa candidature, Buffet a proposé sans pouvoir l'imposer d'être relégitimée par la «base» en faisant voter «dans la semaine» les 16 500 militants des collectifs locaux qui lui ont déjà donné une «belle majorité» de 55 %. «Marie-George Buffet n'est pas une candidate unilatérale, le PCF n'entend pas prendre de décision seul», a tenu à préciser Patrice Cohen-Seat, son bras droit.
«L'OPA s'est révélée impossible, les apparatchiks du PC ont reculé. Ils n'ont pas réussi à blinder la salle et à écrabouiller les interventions. Ça a été du 50-50 et le jeu s'est rouvert. Les compteurs sont remis à zéro», se félicitait hier soir un membre du collectif national. Pour les autres composantes du rassemblement, bien décidées à poursuivre dans la voie du consensus, la solution d'un nouveau vote est irrecevable. «On se bat comme des chiens pour organiser une nouvelle réunion nationale le 15 janvier et faire avaler au PCF une candidature communiste issue du mouvement social. Pourquoi pas une inconnue comme Farida Zediri [de l'Apeis, une association de défense des chômeurs, ndlr]», expliquait un militant. Dans ce cas, Clémentine Autain et Yves Salesse, président «en congé» de la Fondation Copernic, également candidat à l'investiture, se retireraient de la primaire. A la tribune, le syndicaliste Claude Debons, Yves Salesse et le républicain de gauche Eric Coquerel (du collectif Mars) ont martelé la nécessité de respecter la règle du «double consensus» au sein des collectifs et entre les organisations du rassemblement pour désigner le candidat. «Il faut sur le bulletin de vote un nom qui reflète toutes nos sensibilités. Tout passage en force fondé sur la logique majoritaire fera un gagnant et un perdant», a expliqué Christian Picquet, de la minorité unitaire de la LCR. Quant à la proposition d'une candidature du socialiste Jean-Luc Mélenchon pour sortir de l'impasse, proposée par René Revol, elle a provoqué le seul moment d'hilarité générale du week-end.
Car l'ambiance n'était pas ce week-end à la franche rigolade. Au slogan «Unité ! Unité !», les antilibéraux se levaient : «Tous ensemble, tous ensemble !» Mais au nom de «Marie-George Buffet» , la salle en venait presque aux mains. Y compris entre communistes. «Staliniens !», entendait-on dans les rangs des communistes unitaires, des trotskistes ou des écologistes minoritaires et des sans-partis. «Anticommunistes !», hurlaient les militants pro-Buffet. Beaucoup, notamment les plus jeunes, étaient furieux du «noyautage» des collectifs par des «communistes dogmatiques», du refus catégorique de la direction du Parti communiste de considérer toute autre option que Buffet : «Ils n'ont pas bougé, même à trois heures du matin !» . «Moi, je ne fais pas la campagne de Marie-George Buffet. Le PC est une machine stalinienne qui s'autodétruit, on ne peut rien faire avec», prévenait Aline, 25 ans. «Quand on cherche un front large, on ne met pas un coco en avant. C'est Blum qui a dirigé le Front populaire», s'est énervée Catherine, une militante de Bagnolet. Je suis communiste et je me fais traiter d'anticommuniste !»
Graal de l'unité. Après ce rendez-vous raté, la mort lente guette-t-elle une gauche radicale incapable de capitaliser ce qui fut son combat fondateur : le non à la Constitution européenne de mai 2005. Depuis, elle court en vain après le Graal de l'unité. Pourtant, sur le fond, elle s'est accordée. Sur la stratégie (à savoir gouverner ou non avec le PS), il existe encore de lourdes divergences et elle bute franchement sur le nom de son (sa) représentant(e) en 2007. Un rassemblement sans le PCF, sa principale force politique et logistique, même avec un retour dans le jeu de la LCR d'Olivier Besancenot et de José Bové, semble peu crédible. A l'inverse, une dynamique «rabougrie» autour de Buffet conduirait à l'échec, ont rappelé plusieurs délégués. «Personne n'a envie de monter dans le corbillard», lâchait l'un deux. «Et un, et deux et trois pour cent !», ironisait même le communiste refondateur, Patrick Braouezec, à propos du score présidentiel promis à Buffet.