INFOS - Actualités de la LCR87
 
 
 
Surgelés Picard, machines-outils d’Alstom, Siemens à Toulouse, Coliposte... les luttes pour les augmentations salariales, même s’il ne s’agit pas d’un raz-de-marée, sont présentes un peu partout dans le pays. Parfois même, la revendication salariale s’invite par des biais « détournés », comme en ce moment à la SNCF, où des conflits locaux se développent contre des baisses de revenus induites par les changements de service lors du passage aux horaires d’hiver. Alors que les plans de licenciements se suivent et se ressemblent, avec leurs cortèges de désastres, nombre de salariés ne tombent plus dans le piège des patrons expliquant qu’il faut « se serrer la ceinture pour préserver l’emploi » et, au final, être quand même licencié ! Depuis des années, on nous explique que les salaires ne peuvent être augmentés sous peine d’affaiblir la compétitivité des entreprises. Les revendications salariales offensives de ces derniers mois montrent que les salariés ne sont pas près de se laisser avoir par ce chantage patronal.
Il est vrai qu’en la matière, la situation s’est dégradée : 1 million de salariés disposent d’un revenu inférieur au seuil de pauvreté, un salarié sur deux gagne moins de 1 400 euros net par mois et, en 2005, 3,6 millions de salariés étaient smicards, soit 16 % du total des salariés - la plus forte proportion en vingt ans. Et, comme par hasard, sur la même période, entre 1978 et 2003, les rémunérations versées aux salariés ont été multipliées par quatre tandis que les dividendes versés aux actionnaires ont été multipliés par seize ! Alors que la France est au premier rang européen des rémunérations de dirigeants d’entreprise, que l’on ne nous raconte pas qu’il n’y a pas d’argent pour augmenter les salaires !
Nous sommes donc dans une situation d’inégalités criantes et grandissantes que même le rapport du Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale (Cerc) reconnaît. Ce rapport, remis par l’ex-ministre socialiste Jacques Delors à Villepin, explique qu’une grande partie de la population s’est appauvrie à cause du chômage, de la précarité et du temps partiel imposé. Mais il ne met nullement en cause les responsables de cette situation : patrons et gouvernements qui se sont succédé depuis plus de vingt ans. Il ne fait pas non plus le lien avec l’explosion des profits. Il suggère, au contraire, qu’il faudrait par exemple augmenter le taux d’emploi des salariés âgés, y compris au-delà de 60 ans, dans la continuité de leur politique de régression sociale.
Ce rapport est destiné à préparer la conférence sur l’emploi et les revenus qui se tiendra le 14 décembre prochain. Villepin avait annoncé celle-ci en septembre dernier afin de désamorcer le mécontentement latent et de se donner une image sociale. Le gouvernement aimerait y parvenir en s’appuyant sur les directions syndicales dites représentatives qu’il rencontre, en ce moment, l’une après l’autre. Pour nous, cette conférence servira à entretenir l’illusion que le gouvernement prend à bras-le-corps les problèmes d’emploi et de revenus, mais elle ne débouchera pas sur des mesures concrètes pour l’ensemble des salariés. Déjà, en septembre 2005, pour désamorcer les conflits, Villepin avait inventé une « prime d’intéressement exceptionnelle », puis la « prime pour l’emploi ». Ce genre de mesures a toujours la même toile de fond : s’arranger pour faire croire qu’on augmente le pouvoir d’achat en faisant payer l’État, afin de surtout ne pas faire payer les patrons.
Nous pensons, au contraire, qu’il est possible aujourd’hui d’augmenter les salaires de manière significative. Pour cela, il n’y a pas de miracle : il faut aller chercher l’argent où il se trouve, à savoir dans les poches du patronat. Revenir simplement à la répartition capital-travail telle qu’elle était il y a 25 ans permettrait d’augmenter tous les salaires de 300 euros net par mois - aussi bien dans le public que dans le privé - et d’obtenir 1 500 euros net comme salaire minimal. De plus, cette augmentation des salaires permettrait de relever les minima sociaux et les pensions des retraites de 300 euros.
Enfin, en matière d’emplois, au lieu de faire des cadeaux en permanence au patronat, l’État devrait montrer l’exemple : des dizaines de milliers d’emplois sont nécessaires dans les services publics, en priorité dans le secteur de la santé, de l’Éducation nationale et des transports. Mais, pour cela, nous avons besoin d’une vraie politique de rupture. La question des salaires a toujours été une question clé dans la lutte des classes. Elle marque le rapport de force entre le monde du travail et la bourgeoisie. C’est une revendication unifiante autour de laquelle l’ensemble des salariés doivent se retrouver. La LCR défend les augmentations de salaires dans son programme électoral, mais c’est surtout au monde du travail de s’emparer de cette revendication pour la faire aboutir par les luttes.
Ali Jonas et Joséphine Simplon
 
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vendredi 8 décembre 2006
Choisi dans Rouge n°2184 : Augmenter les salaires, une priorité !